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Unturtled #1- #3

Unturtled #1 s’appuyait sur une nouvelle façon de faire du dessin d’animation à partir de nouvelles découpes et sur des tentatives antérieures de dessin sur scène pour expérimenter les capacités métamorphiques du corps, simple tache noire sur fond blanc : un pantalon et une chemise trop vastes se mettaient à générer tout une série de personnages. Ces personnages finissaient (dans la dernière partie) par se dissoudre dans leur prolifération elle-même.

Il a fallu du temps pour en comprendre la raison.

En fait, dans Unturtled le costume (costume de scène, mais aussi simple vêtement) est conçu comme prothèse technique, comme un système qui supplémente un organe manquant.

Il est donc traité comme un organe, au sens strict, et réagit comme un organe: ce qui a pour propriété de rendre visible le travail interne sur les organes eux-mêmes.

Le costume du corps et l’image du corps deviennent organiquement identiques, bougent et se transforment ensemble. Faire corps avec la prothèse ou faire image signifient la même chose.

D’où l’équation : costume = organe = image.

L’image n’est pas une représentation elle est elle aussi un organe.

C’est cette transformation de la conception de l’image qui a permis de comprendre pourquoi en partant d’un travail d’image on pouvait arriver à montrer des nouveaux possibles du corps. Et si le vêtement est un (premier) organe ou une (seconde) peau, alors nu = habillé, et il est à la fois logique et étonnant de retrouver dans le travail sur l’habillé les mêmes possibles du corps que dans le travail du nu.

Et si le costume est à la fois une dernière peau et un premier espace environnant, une première demeure et une première scène, ce qui abrite et ce qui exhibe, cela implique qu’il prenne le statut d’un objet transitionnel, c’est-à-dire par définition l’objet à partir duquel il est possible de jouer et d’être seul en présence d’un autre.

Unturtled #2 repart de la fin de Unturtled #1, où il n’y a plus que le pantalon et où les personnages se dissolvent dans un indéterminé qui permet à la métamorphose de se donner à voir elle-même, on a fait retrouvé la sensation du dessin quand il devient l’objet et le sujet de son propre plaisir. Paradoxalement c’est ce passage qui a permis de se libérer de la pesanteur de la forme dans le travail du corps.

Dans Unturtled #3 on y a ajouté une voix qui regarde.

Unturtled #1 / Sans Tortue

Sans Tortue a commencé il y a un an par la décision de Isabelle Schad et Laurent Goldring de travailler ensemble à l’occasion du projet Ohne Worte (Praticable)

Body Mind Centering est une pratique corporelle (inventée et développée par Bonnie Bainbridge-Cohen) mais pas seulement. Cette pratique s’appuie sur une articulation du corps autour des systèmes corporels. Le squelette (système osseux), les systèmes sanguin, nerveux, respiratoires, etc… sont quelques exemples connus parce qu’ils recoupent nos références biomédicales mais les systèmes sont infiniment plus nombreux : systèmes articulaire, musculaire, pelliculaire, endo- et ectodermique, etc… Chacun implique la totalité du corps, et quand il est travaillé pour lui-même, un système génère son style particulier de mouvement, donc de déplacement, donc de rapport à l’espace, au monde et aux autres. Body Mind Centering est donc une avant tout une façon d’être avec les autres fondée sur la capacité (et donc le plaisir) d’être avec soi-même.
Body Mind Centering est progressivement venu se placer au cœur de l’œuvre d’Isabelle Schad

Sans Tortue provient de la décision de se laisser prendre aux surprises (mouvements, styles et déplacements) générées par cette façon d’être avec soi-même. Un peu comme les premiers acteurs de slapsticks se laissaient prendre au piège des objets du plateau, un peu comme les clowns se laissent prendre au pièges du monde. Non pas guider le corps vers des formes reconnaissables, mais se laisser porter, en restant en accord avec le plaisir de bouger et de découvrir ça qui bouge.

La difficulté était de montrer à la fois l’intérieur et l’extérieur du corps. Body Mind Centering fonctionne par couches, des plus internes aux plus externes. Mais l’être avec les autres rend invisible l’être avec soi-même, et réciproquement.

Laurent Goldring s’amuse avec la représentation en abandonnant toute prétention à une quelconque ressemblance, ce qui l’a amené à travailler sur le corps, avec ses effets propres dans le champs de la danse.
Avec Isabelle, il a été décidé de ne pas travailler nu (comme pour selfunfinished ou Pezzo Zero ) mais au contraire de faire une silhouette dessinée (en continuation de Is You Me), et trouver une fluidité des transformations qui puisse rivaliser avec le dessin.
La dialectique propre à l’image analogique qui bouscule les catégories d’intériorité et d’extériorité a pu entrer en résonance avec les contradictions du Body Mind Centering: en travaillant à deux (plus une caméra), l’être avec l’autre a pu se renverser pour rendre visible l’être avec soi-même. Le vêtement est devenu un objet transitionnel au sens technique et winicottien du terme : objet faisant partie à la fois de l’intériorité du corps propre et de l’extériorité du monde.
C’est au passage la notion même de costume qui se trouve abandonnée.

Sans Tortue s’appelle Sans Tortue à cause d’une faute de frappe : Untitled (sans titre) est devenu Unturtled (sans tortue) et l’est définitivement resté.

Sans Tortue ressemble à un spectacle fini mais il ne l’est pas. L’expérience doit se continuer jusqu’à ce que l’espace lui-même (la scène ?) entre dans cette dialectique de l’intérieur-extérieur, et les autres. Code pour code, pour cette présentation on a préféré l’esthétique du spectacle à celle, plus constipée, du work in progress. Aussi parce que le devenir-spectacle est au centre de notre travail comme problème plutôt que comme solution, et le label work in progress est trop souvent devenu une arme défensive pour éluder ce problème.


in english


Unturtled #1

The collaboration between Isabelle Schad and Laurent Goldring around the themes practice and comical bodies started with a 2 weeks research period on Schad’s "Ohne Worte (Praticable)", in which it became clear that there would be another piece - "Unturtled" - developing from this encounter.

"Unturtled" is called "Unturtled" because of a spelling mistake: "Untitled" became "Unturtled" and it stayed like this. The game with the word finds its correspondance in the game with the (non)- visible, the game with the body that reminds in its layers, movements, potential of emotions, transformations or deformations of images that we may recognize from comic drawings.

The status of the body shifts from clownesque figure to phantasy bodies to finally become a 2 dimensional abstract figure - a silhouette or a drawing.
Paradoxically the body, hidden under the cloth - a shirt and a pair of pants - seems to reveal its anatomical nature in the movements at its culmination. This paradox emphasizes the comical aspects of this body, whose transformations and metamorphoses appear in different rhythms and speeds that remind us directly of cartoons.
What has been realized and made possible through image animation is now coming from the body itself - a nice surprise for us and as we hope as well for others.

The difficulty and the focus has been to show in the same time the inside and the outside of the body. The body practice Body Mind Centering (invented and developed by Bonnie Bainbridge Cohen) on which isablle Schad is supporting herself in her work, functions in layers, from the very inside to the very outside.
Laurent Goldring is playing with representation while abandoning any possible recognition, which brought him to work on the body and its influences within the field of danse.
Together with Isabelle he decides not to work with the naked body (like in self-unfinished or Pezzo Zero), but on the contrary with the idea of the drawn silhouette (in continuation of Is You Me), to find fluid transformations that can compete with the ones of drawings.
The dialectic of the analoge images that fluctuates between the categories interiority and exteriority finds its echo in the practice Body Mind Centering and the idea that each cell of the body participates in the production of the visible and thus the image.
The clothes became a transitional object in the technical as well as in the Winnicottien sense: an object that is in the same time part of the interiority of the body and the exteriority of the world. As a side effect the notion of costume got abandoned; the clothes become a prolongation of the body into its environment.

Published 19 February 2009