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Le tout avait de la gueule, mais j’ai une sévère réticence sur le texte de Lheureux

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Le Festival tend à sa fin. Le soir de la demi-finale, il était possible de voir trois montpelliérains : Civera, Théron et Lheureux. Civera collabore avec Monnier, Théron a bien connu Bagouet et Lheureux a commencé avec Théron. Les deux principales époques de la danse à Montpellier se télescopaient donc l’espace d’une soirée. Le must aura été la prestation de Germana Civera, qu’il est nécessaire de détailler.

Il s’agit d’un duo de femmes accompagnées d’un percussionniste (Isabelle Schad, Germana, Didier Ashour). Sur scène, quand le public prend place, il y a deux femmes couchés par terre sur le ventre, en enfilade. L’une est habillée, l’autre est nue. Pendant une demi-heure, elles vont continuer de se distinguer, par les sons qu’elles émettent, par leurs gestes mesurés. L’une, la vêtue est symétrique. Son tee-shirt orange, ses seins gonflés, son regard perçant, sa coupe de cheveux, sa symétrie attirent l’oeil du spectateur, le mettent en danger. La femme nue est goyesque, son asymétrie corporelle, ses déhanchements lui confèrent une imagerie de gargouille. L’oeil du spectateur tressaute de l’une à l’autre. Elles se déplacent lentement, à gestes mens, occupant petit à petit, avec une symétrie subtile la profondeur du grand plateau éclairé sobrement. La deuxième demi-heure laisse place à la danse, accompagné d’un roulement de gong. Mais la dualité symétrie-asymétrie, le contraste du corps nu roulant déroulant ses muscles et ses seins petits, s’opposant aux rondeurs vêtues d’orange continue. Les deux gestuelles s’opposent tout autant. Un corps fluide et habité, face à un corps nettement moins coulé.
Toute la pièce est en quelque sorte une partie de ping-pong visuel. L’oeil rebondit sans cesse et l’une après l’autre une de deux danseuses l’appelle et le fixe. Cette oscillation fait tout le prix de cette pièce qui ne ressemble qu’à elle-même. Le titre est tout aussi contradictoire que la danse indiquant bien qu’il y ait une tentative : " Définitivement provisoire ". C’est réussi.

On abordera différemment les pièces de Théron et Lheureux. Théron tout d’abord annonçait un solo inspiré par le personnage du romancier américain Melville (celui de Moby Dick, obnubilé par l’homosexualité e le père vengeur). Le personnage c’est Bartleby, d’où le nom du solo. Sauf que... il s’agit d’un trio ! Un gigantesque lapin occupe la scène et Bartleby tout petit danse autour. La musique (Gérome Nox), envahissante, omniprésente, électronique, industrielle, bruitiste occupent le reste de l’espace mental. Là dedans, avec ça, Théron dessine une pièce rigide, morale, tout à fait dans son style. On a toujours l’impression de voir la rigidité d’un juge. C’est le but. A ranger donc dans ses pièces de qualité.

Lheureux aura été plus surprenant. Il se lance dans le théâtre. Il s’agit là d’un vrai solo, pas loin d’une heure sur scène. Avec très peu de danse pure, contrairement à son habitude. Il se met dans la peau d’un otage fraîchement libéré de retour d’Irak. Il joue ce rôle face aux journalistes. La scénographie avec ses micros, sa table et sa chaise ne laisse planer aucun doute. Tout est clair y compris ses mouvements convulsifs d’ancien prisonnier. La proposition est risquée : c’est du théâtre ! D’ailleurs, beaucoup de spectateurs s’en vont. Mais elle est super bien menée du point de vue scénique, vraiment chapeau bas. Le bémol, c’est le texte, qui comme la mise en scène est du à Yann et à Fadhel Jaïbi. C’est un texte qui passe parfois par l’humour, parfois par la prise d’otage du spectateur, parfois par une analyse très discutable de la guerre mondiale actuelle (la notion de pétrole où d’énergie, le futur de la Chine ne semblent pas exister !). De ce fait, on est très gêné. Souscrire à la mise en scène n’est-ce pas souscrire au texte ? Suivant l’attitude, on applaudira ou on restera muet.

Published 2 September 2006